vendredi 1 décembre 2017

Entre les fleurs et la pierre noircie

"Mme Loiseau avait beau avoir à sa fenêtre des fuchsias, qui prenaient la mauvaise habitude de laisser leurs branches courir toujours partout tête baissée, et dont les fleurs n’avaient rien de plus pressé, quand elles étaient assez grandes, que d’aller rafraîchir leurs joues violettes et congestionnées contre la sombre façade de l’église, les fuchsias ne devenaient pas sacrés pour cela pour moi ; entre les fleurs et la pierre noircie sur laquelle elles s’appuyaient, si mes yeux ne percevaient pas d’intervalle, mon esprit réservait un abîme." Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p.62.

                                          Entre les fleurs et la pierre noircie, 100x100, 2017.
                                              Acrylique, pigments, liants, vernis, mortier...

samedi 11 novembre 2017

Miraculeuse désincarnation

 " (…) par une gymnastique suprême et au-dessus de mes forces, me dévêtant comme d’une carapace sans objet de l’air de ma chambre qui m’entourait, je le remplaçai par des parties égales d’air vénitien, cette atmosphère marine, indicible et particulière comme celle des rêves, que mon imagination avait enfermée dans le nom de Venise, je sentis s’opérer en moi une miraculeuse désincarnation (…)." Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p. 386.


                                            Miraculeuse désincarnation, 100x100, 2017.
                                         Mortier, pigments, acrylique, encre, vernis, liant...
 

jeudi 5 octobre 2017

Bigarrures de roches

"Tous ces souvenirs ajoutés les uns aux autres ne formaient plus qu’une masse, mais non sans qu’on ne pût distinguer entre eux –entre les plus anciens, et ceux plus récents, nés d’un parfum, puis ceux qui n’étaient que les souvenir d’une autre personne de qui je les avais appris- sinon des fissures, des failles véritables, du moins ces veinures, ces bigarrures de coloration, qui dans certaines roches, dans certains marbres, révèlent des différences d’origine, d’âge, de « formation »." Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p. 184.


                                                    Bigarrures de roches, 50x50, 2017.
                                         Acrylique, pigments, vernis, mortier, papier, liant...



mercredi 20 septembre 2017

Flamboyer comme un soleil noir

" De ma chambre [le clocher de Saint-Hilaire], je ne pouvais apercevoir que sa base qui avait été recouverte d’ardoises ; mais quand, le dimanche, je les voyais, par une chaude matinée d’été, flamboyer comme un soleil noir, je me disais : « Mon Dieu ! Neuf heures ! il faut se préparer pour aller à la grand-messe si je veux avoir le temps d’aller embrasser tante Léonie avant » (…)." Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p. 64.


                                           Flamboyer comme un soleil noir, 80x80, 2017.
                                                      Encre, pigments, acrylique.

vendredi 8 septembre 2017

Les refrains oubliés

"Et avant que Swann eût le temps de comprendre, et de se dire : « c’est la petite phrase de la sonate de Vinteuil, n’écoutons pas ! » tous ses souvenirs du temps où Odette était éprise de lui, et qu’il avait réussi jusqu’à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d’amour qu’ils crurent revenu, s’étaient réveillés  et, à tire-d’aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur." Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p. 339.


                                                      Les refrains oubliés, 80x80, 2017.
                                                    Acrylique, encre, pigments, mortier...

vendredi 9 juin 2017

Quelque coquelicot perdu...

" Je poursuivais jusque sur le talus qui, derrière la haie, montait en pente raide vers les champs, quelque coquelicot perdu, quelques bluets restés paresseusement en arrière, qui le décoraient ça et là de leurs fleurs comme la bordure d’une tapisserie où apparaît clairsement le motif agreste qui triomphera sur le panneau ; rares encore, espacés comme les maisons isolées qui annoncent déjà l’approche d’un village, ils m’annonçaient l’immense étendue où déferlent les blés, où moutonnent les nuages, et la vue d’un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge, au-dessus de sa bouée graisseuse et noire, me faisait battre le cœur, comme au voyageur qui aperçoit sur une terre basse une première barque échouée que répare un calfat, et s’écrie, avant de l’avoir encore vue : « La Mer ! » Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p. 137.
Quelque coquelicot perdu... 50x50, 2017.
Acrylique, pigment, vernis, liant, colle à carrelage, mortier...

mardi 16 mai 2017

Une lueur réduite en poudre

Je suis passé dans une forêt de bambous qui avaient près de cinq mètres de haut. Merveilleuse sensation d'irréalité, l'ombre et la lumière, la terre d'un rose crémeux, la jungle et l'espace, une lueur tamisée, réduite en poudre, un silence, des couleurs d'un autre monde. Henry Miller, 29 janvier 1941, p.291.
Une lueur réduite en poudre, 60x60, 2017.
Pigments, vernis, liants, mortier, encres...